La ligue des auteurs professionnels, une réponse suffisante ?

Le 6 septembre dernier s’est formée une association entendant défendre la cause des auteurs dans un environnement économique et social de plus en plus instable pour ces derniers. La ligue des auteurs professionnels, c’est son nom, souhaite notamment casser le mythe des auteurs « privilégiés » par le simple fait qu’ils exercent ce que beaucoup ne considèrent pas comme un « vrai métier », l’assimilant à une « passion » pour laquelle nous serions supposément en euphorie permanente lorsque nous la pratiquons. L’association souhaite être à la pointe de débats concernant la reconnaissance des auteurs à travers la revendication d’un statut social spécifique ainsi que l’amélioration générale de leurs rémunérations.

De prime abord, rien à y redire de mon point de vue d’auteur débutant, non ? Effectivement, la nécessité d’un statut d’auteur me semble évidente ; j’ai d’ailleurs été très étonné en découvrant qu’il n’existait rien de tel lorsque je m’étais lancé dans l’aventure de l’auto-édition… Les auteurs sont dans un néant juridique au niveau de leur activité ; ni indépendants, ni entrepreneurs, ni salariés et administrativement liés à leurs éditeurs pour la moindre broutille. Cela ne peut pas durer. Un tel statut va non seulement offrir une légitimité aux auteurs, mais en plus, en toute logique, les rendre plus autonomes. Et je ne peux que m’en réjouir et soutenir la ligue sur ce point.

L’essentiel de mon propos va cependant porter sur le combat que souhaite mener cette association au niveau des rémunérations, en particulier sur le domaine me concernant : les livres. Ce n’est officiellement dit nulle part, mais les diverses réactions que j’ai pu observer jusqu’à présent tendent à me faire croire que la ligue veut porter cette question très délicate dans le secteur traditionnel du livre.

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« Le livre numérique est un produit stupide » – Arnaud Nourry.

Il y a presque un mois, une polémique naissait autour des propos tenus par le PDG de Hachette sur les livres numériques. Qualifiant simplement ceux-ci de « stupides », il s’est attiré les foudres de nombre d’auteurs et d’acteurs du milieu.

Pour replacer les choses un minimum dans le contexte, cette qualification se faisait sur deux points qui tenaient particulièrement à cœur à Monsieur Nourry: l’apport concret du numérique par rapport au papier et la rentabilité.

Sur le premier point, j’avoue être plutôt en accord avec le bonhomme: un livre numérique n’est aujourd’hui que cela, un livre numérisé. Le format n’a bénéficié que de peu de nouveautés concrètes, hors avantages techniques liés à la dématérialisation elle même. Un livre n’est maintenant plus un objet inerte, mais animé par le simple fait de se trouver au cœur de la mémoire d’un ordinateur. Que personne n’ait encore cherché à augmenter l’expérience de lecture à l’aide de ce même ordinateur me laisse perplexe.

Sur le second point point par contre, nous touchons là sans doute à ce qui constitue la crainte des éditeurs: le fait d’être à plus ou moins long terme évincé par la concurrence numérique. De ce point de vue, il est tout à fait logique de trouver les livres numériques comme stupides, car c’est un produit qui a le potentiel de passer outre la valeur ajoutée qu’apporte un éditeur.

Parce que concrètement, qu’apporte un éditeur aujourd’hui, et à quel prix? Même s’il existe sans doute des auteurs qui marchent encore au bon vieux papier, je serai très étonné si l’utilisation d’un logiciel d’édition de texte n’était pas à présent monnaie courante. Hors, ces logiciels font déjà une bonne partie de ce que faisaient autrefois les éditeurs: mise en forme, pagination, présentation et correction dans une certaine mesure. Vous voulez une correction automatique plus intelligente? Il existe une solution abordable, dont nous parlerons dans un prochain article.

Un éditeur aujourd’hui vérifie si un manuscrit, si tant est qu’on puisse encore les appeler comme cela, corresponde à ses critères de publication. Et si oui, il y passe une couche de corrections, l’envoie à l’imprimeur et se met en relation avec un distributeur pour l’expédier aux librairies et avec un diffuseur pour en faire la promotion. Ça n’est pas rien: ils sont essentiellement la porte d’accès à toute l’infrastructure de publication matérielle du livre. Mais la donne change complètement dès qu’il s’agit de numérique; car cette même infrastructure n’est plus du tout requise.

L’imprimeur, le distributeur et dans une certaine mesure le diffuseur sautent d’eux même car ancrés dans le réel. L’éditeur est le seul restant, et est en position délicate pour justifier les coûts qu’il ajoute au livre. La correction? Pourquoi les auteurs ne traiteraient pas directement avec les correcteurs, vu comment ceux-ci sont traités par les éditeurs? L’édition de texte? Faite quasi-intégralement par le PC de l’auteur. L’accès à la distribution et aux points de vente? Un abonnement internet voire même le Wifi de n’importe quelle grande enseigne suffit pour distribuer ses écrits, et une bonne partie des points de vente en ligne proposent de traiter directement avec l’auteur, dont le plus gros d’entre eux: Amazon.

Bref, je pense trouver dans cette déclaration du PDG de Hachette de la peur maquillée en dédain. Pourquoi sinon qualifier les marchés anglo-saxons de « foutus » lorsqu’il évoque directement après la part du livre numérique par rapport au papier, qui se trouve bien supérieure à celle que l’on trouve en France? En tant qu’auteur indépendant, c’est pour moi une excellente nouvelle, car cela veut dire que l’opportunité de la publication n’est plus à la merci du bon vouloir d’un éditeur. Mais pour ce dernier, c’est une perte de pouvoir, d’argent et d’influence considérable qui se profile à l’horizon.

Et pour ne pas trop enfoncer l’édition classique ici, je me suis abstenu d’évoquer le sujet qui fâche: la rémunération. Monsieur Nourry a beau affirmer que le prix auquel Amazon essaie de faire vendre les livres numérique (3€ maximum) est ridicule, il n’en reste pas moins qu’au final, l’auteur touche plus sur une vente dématérialisée sans éditeur à 3€ qu’avec un éditeur qui la fera à 15. Sans parler de l’attrait supplémentaire que constitue le prix bas. La rémunération; un sujet dont il nous faudra parler longuement à l’avenir…